Ivres d'eux
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Ivres d'eux
IVRES D’EUX
20h31
Il a garé la voiture où il a pu, un peu de travers tant il est fatigué, assommé par des heures de négociation et lorsque les voyants clignotent comme s’ils le prenaient en amitié, il soupire, avance vers l’ascenseur…
17D4…
Le chuintement artificiel des portes, la voix qui lui annonce la proximité d’un lieu familier, tout le rassure et peu à peu, ses épaules retombent, son sac de voyage semble moins lourd à porter.
Trois jours enfin à lui ! Pour oublier, se repo…
Cette odeur…
Ces odeurs plutôt : coriandre, fleur épicée sur une base de chypre cuir. Un peu trop typé, peut-être.
Tandis que l’ascension se prolonge, il ferme les yeux pour profiter du répit qui lui est offert et il expire cet air tapissé d’odeur de feutre où traîne un rien de parfum de femme. D’une autre femme. De belle dame plutôt, « au pas grave et lent ». La réminiscence le fait sourire si bien qu’il relève la tête. La fragrance est maintenant plus nette : pomme-soleil, odeur boisée, ambrée. Femme sensuelle, faite de force et de tendres envies. Il y a un drap qui se froisse dans ce reste de senteur où la note de tête se dissout peu à peu…Magnolia ?La note de cœur…un frémissement pour tout ce temps à venir…c’est fruité…de l’abricot, peut-être. Quand la porte s’ouvre, c’est le bois de santal qui s’impose : désir, méditation.
Elle…
C’est fou. Pourquoi ne lui a-t-elle rien dit ?
Immobile devant la porte, il tend l’oreille mais le silence du couloir, de l’immeuble trop chic, de son appartement même, tout le taraude, l’angoisse soudain. Et s’il s’était trompé ?Tout s’effondre à l’instant où le passe refuse de faire entendre son clip-clip. La porte ne serait pas verrouillée, elle aurait déjà ouvert, lui ouvrirait ses bras après tout ce temps et ses forces qui l’abandonnent renaîtraient lorsqu’il la serrerait contre lui. Le cœur lui manque soudain. Pourquoi rentrer ?Ne serait-il pas mieux devant un de ces plats qu’elle adore, qu’il choisit pour réveiller son souvenir. Puis, se choisir un film ; s’abrutir d’images imbéciles au lieu de se revigorer de ses mots à elle, qu’elle sait si bien agencer pour lui. Et dormir, dormir, dormir jusqu’à s’en abrutir…
Clip-clip…
Sur le mur, peint comme un haïku, à l’encre fine et noire : « Non, tu ne dormiras pas. »
***
« Ne me cherche pas » dit le mot sur la porte…
Ah. Il en est encore à s’émerveiller, serait prêt à tout, à obéir absolument, totalement. Le parfum remplit la pièce maintenant et c’est bien le sien. Dior. Il adore. Où est-elle ?
Il ne doit pas la chercher.
C’est un jeu, une énigme peut-être.
Dont elle raffole.
Dont il lui fait parfois la surprise.
Qu’elle condescend à lui offrir ce soir.
Condescend. Ineptie qu’il repousse, balaie de la main. Où a-t-il pris ce vocable ?
L’écriture raffinée de ce poème, peut-être, qu’elle a recopié puis collé au mur du petit salon…
« La rue assourdissante autour de (t)oi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
(T)oi, (tu) buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. »
« Ne modifie pas l’éclairage. »
Ah. Il est vrai que tout est plus doux, plus chaud, plus tendre dans cette pièce que la pénombre et la lumière divisent en zones, où le secret et l’aveu coexistent. Il joue à passer de l’ombre à la clarté, sourit à chaque endroit d’où elle pourrait apparaître, en majesté. Mais où est-…
« Chuuuut. Ne parle pas. »
Il est au supplice maintenant tant ses bras supplient l’obscurité de la délivrer, de la lui rendre enfin. La serrer simplement contre lui…
Et, bouche ouverte pour mieux entendre son souffle, il fixe chaque recoin de l’appartement comme s’il ne savait pas qu’elle apparaîtrait à l’instant qu’elle aurait élu, pour le garder tout contre elle alors qu’il renaîtrait, ses poumons s’emplissant de son parfum comme on se grise de vapeurs exotiques pour atteindre les dieux.
« Tu n’as pas faim. »
Si.
De toi.
Viens.
« Tu n’as faim que de moi. »
Il va défaillir. Non, hurler d’impatience…
Et…tout gâcher ?
« Fais-moi confiance, je t’adore. »
Tel un camé guettant la trace de son dealer, il suit les indices en calligraphie qu’elle a postés partout, jusque sur la porte du frigo. Où pointe une flèche qui vise…la salle de bains !!!
Le savant désordre qui règne entre ces quatre murs de mosaïque bleue le ferait sourire encore s’il n’y avait, çà et là, une foule d’indices qui raviraient un policier. La délictueuse est bien passée par là, semant le sol d’embûches adorables : talons hauts et noirs au liseré rouge. Tapis de bain délaissé, haut de lingerie finement ajouré rassemblé en boule.
***
Lorsqu’il en sort, nu, rafraîchi, revigoré de sels de bain qu’elle a choisis, grisé de vapeurs de bougies parfumées, il manque s’étouffer tant le haïku, tombant du plafond au bout d’un long fil blanc, le fait rire :
« J’ai marqué mon territoire pour prendre possession de toi. »
Il ne manque plus que sa formule magique.
Là, au pied du mur de la chambre, ce carré de papier de soie qu’indique la dernière flèche. C’est écrit en tout petit !
Se pencher ne suffira pas.
Se mettre à quatre pattes ?
Allons donc !
Se coucher à plat ventre peut-être ?
« Tu es cuit ! »
A l’instant même où il la lit, un grand rire explose dans son dos ; ses mains exquises se posent sur ses yeux tandis qu’une kyrielle de mots doux ribambelle autour de lui. Elle ne cesse de parler à voix basse, le fait se relever, se retour…
WOW !
C’est une merveilleuse apparition ! En corset noir échancré avec la jupe courte, assortie bien évidemment…
- C’est moi, dit-elle ! en lui ouvrant les bras.
Se retrouver enfin !
Mais il s’écarte, l’œil grave. Elle s’en étonne et son visage se glace aussitôt ; un voile la fige malgré son élan. Qui meurt et ses bras…aussitôt retombent.
Que compte-t-elle sur les doigts de la main gauche, qu’elle prétend cacher, pousser dans son dos mais qu’il sent effleurer sa peau. Qu’importe…
La garder. La garder ainsi. Qui s’imprime en lui. Toute en creux, toute en courbes, toute de désir, d’appels tendus, qu’il entend, qu’il attend depuis si longtemps.
Quelques heures peut-être…dans lesquelles nous serions bien avisés de faire tenir tout un univers tant elles peuvent nous être mesurées.
Mais ils s’en moquent bien, persuadés qu’un même coup de croc les emporterait, tout occupés qu’ils sont à se savourer, s’émouvoir d’avoir pu être privés si longtemps l’un de l’autre.
De dos, on les dirait figés dans un mouvement de valse, un délicat balancé précédant une demi-volte concertée. Elle compte de la musique songe-t-il…mais ses lèvres l’ont trouvé, happé si délicieusement, faisant soudain mine de le relâcher puis revenant, presque avides, non passionnées, insatiables tout à l’heure. Il le voudrait tant, le veut, l’espère si fort qu’elle entrouvre la bouche et leurs langues se jouent des restes de mots incomplets, incapables de dire ce qu’ils éprouvent à présent et qui tombent entre eux tandis que leur souffle gomme les approximations, biffe les points de suspension…
Elle se déprend, il se déprend, soûl d’elle qui ouvre les yeux, ivre de lui dont elle prend si doucement les mains qu’il pourrait en défaillir en dépit de tout ce qu’il voudrait être pour elle, refuge, force, énergie pure illimitée. Mais elle est trop forte à cet instant, trop sûre d’elle, de leurs désirs qu’elle a voulu éveiller et réaliser suivant un cérémonial qui sera. C’est une partition qu’elle a écrite. Dont elle compte encore les barres de mesure, il en est certain…
Et l’heure de la jouer approche. Il le voit dans ses yeux qu’elle a immenses tant elle le veut. Si belle dans son impatience.
- Viens, chuchote-t-elle.
L’entraîne dans la chambre.
A l’instant où la porte s’ouvre, la musique…semble sourdre de ses bras tendus où il revient encore, où il reviendra toujours.
(à suivre)
20h31
Il a garé la voiture où il a pu, un peu de travers tant il est fatigué, assommé par des heures de négociation et lorsque les voyants clignotent comme s’ils le prenaient en amitié, il soupire, avance vers l’ascenseur…
17D4…
Le chuintement artificiel des portes, la voix qui lui annonce la proximité d’un lieu familier, tout le rassure et peu à peu, ses épaules retombent, son sac de voyage semble moins lourd à porter.
Trois jours enfin à lui ! Pour oublier, se repo…
Cette odeur…
Ces odeurs plutôt : coriandre, fleur épicée sur une base de chypre cuir. Un peu trop typé, peut-être.
Tandis que l’ascension se prolonge, il ferme les yeux pour profiter du répit qui lui est offert et il expire cet air tapissé d’odeur de feutre où traîne un rien de parfum de femme. D’une autre femme. De belle dame plutôt, « au pas grave et lent ». La réminiscence le fait sourire si bien qu’il relève la tête. La fragrance est maintenant plus nette : pomme-soleil, odeur boisée, ambrée. Femme sensuelle, faite de force et de tendres envies. Il y a un drap qui se froisse dans ce reste de senteur où la note de tête se dissout peu à peu…Magnolia ?La note de cœur…un frémissement pour tout ce temps à venir…c’est fruité…de l’abricot, peut-être. Quand la porte s’ouvre, c’est le bois de santal qui s’impose : désir, méditation.
Elle…
C’est fou. Pourquoi ne lui a-t-elle rien dit ?
Immobile devant la porte, il tend l’oreille mais le silence du couloir, de l’immeuble trop chic, de son appartement même, tout le taraude, l’angoisse soudain. Et s’il s’était trompé ?Tout s’effondre à l’instant où le passe refuse de faire entendre son clip-clip. La porte ne serait pas verrouillée, elle aurait déjà ouvert, lui ouvrirait ses bras après tout ce temps et ses forces qui l’abandonnent renaîtraient lorsqu’il la serrerait contre lui. Le cœur lui manque soudain. Pourquoi rentrer ?Ne serait-il pas mieux devant un de ces plats qu’elle adore, qu’il choisit pour réveiller son souvenir. Puis, se choisir un film ; s’abrutir d’images imbéciles au lieu de se revigorer de ses mots à elle, qu’elle sait si bien agencer pour lui. Et dormir, dormir, dormir jusqu’à s’en abrutir…
Clip-clip…
Sur le mur, peint comme un haïku, à l’encre fine et noire : « Non, tu ne dormiras pas. »
***
« Ne me cherche pas » dit le mot sur la porte…
Ah. Il en est encore à s’émerveiller, serait prêt à tout, à obéir absolument, totalement. Le parfum remplit la pièce maintenant et c’est bien le sien. Dior. Il adore. Où est-elle ?
Il ne doit pas la chercher.
C’est un jeu, une énigme peut-être.
Dont elle raffole.
Dont il lui fait parfois la surprise.
Qu’elle condescend à lui offrir ce soir.
Condescend. Ineptie qu’il repousse, balaie de la main. Où a-t-il pris ce vocable ?
L’écriture raffinée de ce poème, peut-être, qu’elle a recopié puis collé au mur du petit salon…
« La rue assourdissante autour de (t)oi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
(T)oi, (tu) buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. »
« Ne modifie pas l’éclairage. »
Ah. Il est vrai que tout est plus doux, plus chaud, plus tendre dans cette pièce que la pénombre et la lumière divisent en zones, où le secret et l’aveu coexistent. Il joue à passer de l’ombre à la clarté, sourit à chaque endroit d’où elle pourrait apparaître, en majesté. Mais où est-…
« Chuuuut. Ne parle pas. »
Il est au supplice maintenant tant ses bras supplient l’obscurité de la délivrer, de la lui rendre enfin. La serrer simplement contre lui…
Et, bouche ouverte pour mieux entendre son souffle, il fixe chaque recoin de l’appartement comme s’il ne savait pas qu’elle apparaîtrait à l’instant qu’elle aurait élu, pour le garder tout contre elle alors qu’il renaîtrait, ses poumons s’emplissant de son parfum comme on se grise de vapeurs exotiques pour atteindre les dieux.
« Tu n’as pas faim. »
Si.
De toi.
Viens.
« Tu n’as faim que de moi. »
Il va défaillir. Non, hurler d’impatience…
Et…tout gâcher ?
« Fais-moi confiance, je t’adore. »
Tel un camé guettant la trace de son dealer, il suit les indices en calligraphie qu’elle a postés partout, jusque sur la porte du frigo. Où pointe une flèche qui vise…la salle de bains !!!
Le savant désordre qui règne entre ces quatre murs de mosaïque bleue le ferait sourire encore s’il n’y avait, çà et là, une foule d’indices qui raviraient un policier. La délictueuse est bien passée par là, semant le sol d’embûches adorables : talons hauts et noirs au liseré rouge. Tapis de bain délaissé, haut de lingerie finement ajouré rassemblé en boule.
***
Lorsqu’il en sort, nu, rafraîchi, revigoré de sels de bain qu’elle a choisis, grisé de vapeurs de bougies parfumées, il manque s’étouffer tant le haïku, tombant du plafond au bout d’un long fil blanc, le fait rire :
« J’ai marqué mon territoire pour prendre possession de toi. »
Il ne manque plus que sa formule magique.
Là, au pied du mur de la chambre, ce carré de papier de soie qu’indique la dernière flèche. C’est écrit en tout petit !
Se pencher ne suffira pas.
Se mettre à quatre pattes ?
Allons donc !
Se coucher à plat ventre peut-être ?
« Tu es cuit ! »
A l’instant même où il la lit, un grand rire explose dans son dos ; ses mains exquises se posent sur ses yeux tandis qu’une kyrielle de mots doux ribambelle autour de lui. Elle ne cesse de parler à voix basse, le fait se relever, se retour…
WOW !
C’est une merveilleuse apparition ! En corset noir échancré avec la jupe courte, assortie bien évidemment…
- C’est moi, dit-elle ! en lui ouvrant les bras.
Se retrouver enfin !
Mais il s’écarte, l’œil grave. Elle s’en étonne et son visage se glace aussitôt ; un voile la fige malgré son élan. Qui meurt et ses bras…aussitôt retombent.
Que compte-t-elle sur les doigts de la main gauche, qu’elle prétend cacher, pousser dans son dos mais qu’il sent effleurer sa peau. Qu’importe…
La garder. La garder ainsi. Qui s’imprime en lui. Toute en creux, toute en courbes, toute de désir, d’appels tendus, qu’il entend, qu’il attend depuis si longtemps.
Quelques heures peut-être…dans lesquelles nous serions bien avisés de faire tenir tout un univers tant elles peuvent nous être mesurées.
Mais ils s’en moquent bien, persuadés qu’un même coup de croc les emporterait, tout occupés qu’ils sont à se savourer, s’émouvoir d’avoir pu être privés si longtemps l’un de l’autre.
De dos, on les dirait figés dans un mouvement de valse, un délicat balancé précédant une demi-volte concertée. Elle compte de la musique songe-t-il…mais ses lèvres l’ont trouvé, happé si délicieusement, faisant soudain mine de le relâcher puis revenant, presque avides, non passionnées, insatiables tout à l’heure. Il le voudrait tant, le veut, l’espère si fort qu’elle entrouvre la bouche et leurs langues se jouent des restes de mots incomplets, incapables de dire ce qu’ils éprouvent à présent et qui tombent entre eux tandis que leur souffle gomme les approximations, biffe les points de suspension…
Elle se déprend, il se déprend, soûl d’elle qui ouvre les yeux, ivre de lui dont elle prend si doucement les mains qu’il pourrait en défaillir en dépit de tout ce qu’il voudrait être pour elle, refuge, force, énergie pure illimitée. Mais elle est trop forte à cet instant, trop sûre d’elle, de leurs désirs qu’elle a voulu éveiller et réaliser suivant un cérémonial qui sera. C’est une partition qu’elle a écrite. Dont elle compte encore les barres de mesure, il en est certain…
Et l’heure de la jouer approche. Il le voit dans ses yeux qu’elle a immenses tant elle le veut. Si belle dans son impatience.
- Viens, chuchote-t-elle.
L’entraîne dans la chambre.
A l’instant où la porte s’ouvre, la musique…semble sourdre de ses bras tendus où il revient encore, où il reviendra toujours.
(à suivre)

Diabblix

- Nombre de messages: 1298
Localisation: ° Au delà du 7° Cercle
Date d'inscription: 14/03/2009
Re: Ivres d'eux
Instant magique que ce lever de rideau sur le lit qu’elle a couvert d’un grand pan de lin blanc, qu’elle a drapé mouillé. Les lampes sont presque cachées, on doit ouvrir les yeux pour discerner les meubles qu’elle a voulus discrets ; les gravures ont été enlevées pour que les murs soient nus, écrans magiques où les ombres déjà s’allongent, arbres fantastiques prenant et déprenant leurs branches qui se veulent sans cesse enlacées.
Il s’est laissé entraîner au centre de la pièce, dans l’ombre, qui bruit déjà de ses fantasmes, de ses rêves à elle, de leur désir trop longtemps mis sous le boisseau de leurs mots. Ces mots raisonnables que l’on dit aux impatients, ces pierres que l’on dresse pour stopper le flux des eaux capricieuses, impétueuses, qui vous emporteraient tout si l’on n’y prenait garde.
Ils ne veulent prendre garde à rien, n’ont de confiance qu’en l’autre qui regarde, frôle, attend et c’est elle encore qui fait le premier geste. Ses deux bras s’élèvent, arches de ballerine légère, qui l’encadrent, le ceignent de mouvement liquides, tellement fluides qu’il suit leur mouvement gracieux, comme s’il aimait se laisser capturer dans leur orbe délicate.
Se laisser faire, la laisser faire.
Il en a tellement pris l’habitude que c’en est devenu une douce morphine, une griserie où il aime s’endormir, pour se confier à elle, à ses lèvres aimantes, à son corps qu’il accueillera tout à l’heure.
Un frôlement exacerbe sa fébrilité.
L’eau de ses caresses frémit sur sa peau nue, ose à peine la troubler tant elle tremblerait de le sentir si près d’elle, déjà tendu d’espoir. Elle ne veut pas l’exaspérer. Simplement l’aimer. Il n’est qu’à elle qui veut le lui prouver. De vivants madrépores glissent déjà sur son torse, tombent en chiffons sur ses épaules, coulent jusqu’à ses jambes, s’enroulent. Elle tisse un cocon cotonneux tout autour…
Il a arrêté ses mains.
Oh…
Ce regard qu’elle a soudain !
- Tu ne veux pas ? chuchote-t-elle en se rapprochant de lui.
Son ventre effleure sa hanche, si suave que c’est un supplice de la sentir ainsi, aussi tiède.
Il a hoché la tête.
Elle ne comprend plus.
N’a que son sourire pour lui répondre tandis que les liens de satin tombent sur le sol, à leurs pieds. Des liens qu’elle a choisis, tendrement assouplis, rien que pour lui…
- Alors ?demande-t-elle en reculant un peu.
Il ne répond pas, se baisse, les ramasse et ses lèvres trouvent sa peau la plus tendre lorsqu’il se relève. Dior encore. « J’adore, je t’adore… »
Lui chuchoter son envie.
- Tu as tout choisi pour moi, dit-il. Je n’ai qu’une envie : te lier à moi, pour moi, pour jamais, pour t’aimer comme je ne l’ai jamais fait.
- Ah.
Elle n’a rien pu dire en fait. C’est un souffle qui lui a échappé. Comme une caresse intérieure qui se serait échappée tant ses mains lui brûlent les épaules, d’où les liens coulent à nouveau, mais pour elle cette fois.
- Tu aimerais ?demande-t-elle après s’être levée sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur les yeux, qu’il a fermés.
- Oui.
Elle ne l’a pas repoussé mais sa main s’est posée sur son torse, à la place du cœur. Sent-elle ses battements. Ils ne sont pas précipités. Le souffle est posé. C’est si doux. Rassurant aussi. Il n’a aucune crainte. Se rapproche encore, murmure à son oreille : « Te rendre plus belle encore, t’offrir à mon désir qui se dévouerait au tien, posséder ton âme lorsque ton corps serait enfin mien… »
Il fait glisser la corde qu’il a doublée sur ses épaules, se penche et goûte doucement la chair framboisine de ses seins. Le coton s’ajuste sur la poitrine qu’il adore encore de ses joues, de ses cheveux et avec un frémissement de bonheur, il forme le premier nœud, juste en dessous. Puis un autre, qu’il répète. Ne pas la contraindre, l’envelopper, la galber davantage, comme un grand drap qui la protègerait, révèlerait son désir.
Les liens courent entre ses jambes que ses mains frôlent au passage. Lenteurs exquises qui la font gémir, ouvrir les lèvres qu’elle pose dans son cou. La veine palpite sous ses dents. Pulse la vie si fort qu’elle serre les poings sur rien, cherche un appui. Trouve ses épaules où elle s’amarre et la houle de ses bras la soulève, la porte jusqu’au lit.
http://www.youtube.com/watch?v=VzGUFRIXgKI&feature=related
Il ne cesse plus de relier les nœuds, modère la pression des cordes qu’il souhaite minimale pour qu’elle se sente revêtue, telle un modèle qu’il regarde, contemple, adore. Et s’étonne encore tant il n’a pas besoin de chercher son regard qu’elle ne quitte pas. C’est si lent de musique-adagio qu’elle doit respirer plus doucement encore pour en sentir la douceur persuasive, et les nappes de laçage lui font tout oublier. Elle n’est plus que sentiment pur. Elle entrouvre les lèvres tant il est doux, murmure trois mots qu’il recueille et garde en lui…
Agenouillé, comme en prière, derrière elle qui le sent tout contre son dos, dérobe sa chaleur bien qu’il ne fasse pas froid dans la chambre, il laisse courir ses mains pressées sur ses épaules nues, sur le polyester noir qui la couvre et la dénude tout à la fois. Ses caresses seront lentes, enveloppantes, entrecoupées de frôlements si légers qu’elle le suppliera de s’arrêter un peu, de poser ses lèvres à la frontière des cordes et de la peau, puis de la masser encore et encore tant c’est bon de sentir ses mains fermes, encore timides parfois mais qui l’apprivoisent après l’avoir si longtemps perdue mais jamais oubliée.
- Douce…
- J’aime…
- Laisse-toi aller sur moi, chuchote-t-il alors qu’elle penche la tête en arrière.
- J’adorerais, tu le sais…
- Mais ?
- Pas de mais…pas de non…que mon oui…tu le veux ce oui ?
- Chuuut…
- J’adore quand tu chuchotes…mon…mon prénom.
Il le lui a soufflé dans le creux du cou, y ajoutant le sien, comme s’ils ne devaient plus qu’en faire un. Prénom composé, chargé de conjurer tout ce qui pourrait les séparer.
- Viens, dit-il en l’attirant vers son ventre.
C’est lentement qu’elle bascule en arrière et il la reçoit tout contre lui, glisse un peu les doigts entre les liens qui la contiennent, la rendent si belle, tissée de noir et de blanc, de nacre et de troubles à venir où il pose les lèvres, la pointe de la langue. S’enivre d’être touché par ses mains entravées, croisées, qu’elle peut à peine bouger mais dont les doigts ne peuvent s’empêcher de remuer. Sur ses flancs, son ventre maintenant…
Mais ce n’est pas lui qui doit être caressé…
C’est elle.
Deux oreillers pour qu’elle soit bien calée.
Une bougie pétille, grésille et sa lueur est celle de ses yeux noirs lorsqu’il respire son odeur de brune-fleur offerte au soleil, encore cachée par le corset qu’il dénoue sous les liens, jouant à délivrer ce corps emprisonné, qui ne lui appartient pas mais qui se donne un peu…beaucoup…passionnément…
Les dernières attaches cèdent et il ouvre le tissu noir, libérant enfin l’accès à son cœur qu’il cherche à embrasser et son visage se cache tout contre elle.
C’est bien elle.
Il la reconnaît à ce battement lourd suivi d’un autre, plus léger.
Elle a gémi lorsqu’il a pris son cœur malgré elle, d’un pincement de lèvres, qu’il a continué, traquant les frissons de plaisir s’échappant de sa bouche entrouverte, cherchant les plages les plus douces, les courbes les plus brunes aussi, les plus rondes, auréolées de chair que sa langue innerve de coups d’aiguille. Elle a l’impression d’être allongée sous un grand pin qui lui rendrait toute la chaleur de l’été et sa bouche s’entrouvre, l’appelant de désirs plus audacieux encore. Il la sent parcourue de lignes de force et son corps forme un arc sous lui, se tend vers lui.
- Enfin, gémit-elle lorsqu’il effleure sa chair vive.
De la paume d’abord comme s’il la prenait, tandis que ses doigts font lentement glisser la fermeture de la jupe.
Il l’embrasse encore, elle s’étire dans le satin mais lorsque sa joue frôle sa frisure, lorsque ses lèvres frôlent ses lèvres, s’oublient en elle, elle a des mots charmants, des mots fous et l’étau de ses cuisses l’emprisonne si longuement qu’il s’oublie dans sa saveur d’agrume soleil-vert, salée sucrée, fruitée… et soudain, le temps n’est plus rien car elle s’oublie avec lui qui prend sa force, ses mains serrant ses cuisses, donnant prenant, si doux, si prévenant. Gourmand de ses saveurs, prodigue de caresses alenties qu’elle étire en elle jusqu’au fond de ses yeux fermés.
Les liens ne suffiront pas pour contenir son cri. Alors, il la gardera tout contre lui, blottie, dans ses bras frais enrubannée.
***
- Je veux bouger…
Les ciseaux tranchent le coton qui meurt près d’elle. A regret, semblent dire ses yeux. Encore un peu et elle sera tout à fait libre.
C’est fait.
( à suivre)
Il s’est laissé entraîner au centre de la pièce, dans l’ombre, qui bruit déjà de ses fantasmes, de ses rêves à elle, de leur désir trop longtemps mis sous le boisseau de leurs mots. Ces mots raisonnables que l’on dit aux impatients, ces pierres que l’on dresse pour stopper le flux des eaux capricieuses, impétueuses, qui vous emporteraient tout si l’on n’y prenait garde.
Ils ne veulent prendre garde à rien, n’ont de confiance qu’en l’autre qui regarde, frôle, attend et c’est elle encore qui fait le premier geste. Ses deux bras s’élèvent, arches de ballerine légère, qui l’encadrent, le ceignent de mouvement liquides, tellement fluides qu’il suit leur mouvement gracieux, comme s’il aimait se laisser capturer dans leur orbe délicate.
Se laisser faire, la laisser faire.
Il en a tellement pris l’habitude que c’en est devenu une douce morphine, une griserie où il aime s’endormir, pour se confier à elle, à ses lèvres aimantes, à son corps qu’il accueillera tout à l’heure.
Un frôlement exacerbe sa fébrilité.
L’eau de ses caresses frémit sur sa peau nue, ose à peine la troubler tant elle tremblerait de le sentir si près d’elle, déjà tendu d’espoir. Elle ne veut pas l’exaspérer. Simplement l’aimer. Il n’est qu’à elle qui veut le lui prouver. De vivants madrépores glissent déjà sur son torse, tombent en chiffons sur ses épaules, coulent jusqu’à ses jambes, s’enroulent. Elle tisse un cocon cotonneux tout autour…
Il a arrêté ses mains.
Oh…
Ce regard qu’elle a soudain !
- Tu ne veux pas ? chuchote-t-elle en se rapprochant de lui.
Son ventre effleure sa hanche, si suave que c’est un supplice de la sentir ainsi, aussi tiède.
Il a hoché la tête.
Elle ne comprend plus.
N’a que son sourire pour lui répondre tandis que les liens de satin tombent sur le sol, à leurs pieds. Des liens qu’elle a choisis, tendrement assouplis, rien que pour lui…
- Alors ?demande-t-elle en reculant un peu.
Il ne répond pas, se baisse, les ramasse et ses lèvres trouvent sa peau la plus tendre lorsqu’il se relève. Dior encore. « J’adore, je t’adore… »
Lui chuchoter son envie.
- Tu as tout choisi pour moi, dit-il. Je n’ai qu’une envie : te lier à moi, pour moi, pour jamais, pour t’aimer comme je ne l’ai jamais fait.
- Ah.
Elle n’a rien pu dire en fait. C’est un souffle qui lui a échappé. Comme une caresse intérieure qui se serait échappée tant ses mains lui brûlent les épaules, d’où les liens coulent à nouveau, mais pour elle cette fois.
- Tu aimerais ?demande-t-elle après s’être levée sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur les yeux, qu’il a fermés.
- Oui.
Elle ne l’a pas repoussé mais sa main s’est posée sur son torse, à la place du cœur. Sent-elle ses battements. Ils ne sont pas précipités. Le souffle est posé. C’est si doux. Rassurant aussi. Il n’a aucune crainte. Se rapproche encore, murmure à son oreille : « Te rendre plus belle encore, t’offrir à mon désir qui se dévouerait au tien, posséder ton âme lorsque ton corps serait enfin mien… »
Il fait glisser la corde qu’il a doublée sur ses épaules, se penche et goûte doucement la chair framboisine de ses seins. Le coton s’ajuste sur la poitrine qu’il adore encore de ses joues, de ses cheveux et avec un frémissement de bonheur, il forme le premier nœud, juste en dessous. Puis un autre, qu’il répète. Ne pas la contraindre, l’envelopper, la galber davantage, comme un grand drap qui la protègerait, révèlerait son désir.
Les liens courent entre ses jambes que ses mains frôlent au passage. Lenteurs exquises qui la font gémir, ouvrir les lèvres qu’elle pose dans son cou. La veine palpite sous ses dents. Pulse la vie si fort qu’elle serre les poings sur rien, cherche un appui. Trouve ses épaules où elle s’amarre et la houle de ses bras la soulève, la porte jusqu’au lit.
http://www.youtube.com/watch?v=VzGUFRIXgKI&feature=related
Il ne cesse plus de relier les nœuds, modère la pression des cordes qu’il souhaite minimale pour qu’elle se sente revêtue, telle un modèle qu’il regarde, contemple, adore. Et s’étonne encore tant il n’a pas besoin de chercher son regard qu’elle ne quitte pas. C’est si lent de musique-adagio qu’elle doit respirer plus doucement encore pour en sentir la douceur persuasive, et les nappes de laçage lui font tout oublier. Elle n’est plus que sentiment pur. Elle entrouvre les lèvres tant il est doux, murmure trois mots qu’il recueille et garde en lui…
Agenouillé, comme en prière, derrière elle qui le sent tout contre son dos, dérobe sa chaleur bien qu’il ne fasse pas froid dans la chambre, il laisse courir ses mains pressées sur ses épaules nues, sur le polyester noir qui la couvre et la dénude tout à la fois. Ses caresses seront lentes, enveloppantes, entrecoupées de frôlements si légers qu’elle le suppliera de s’arrêter un peu, de poser ses lèvres à la frontière des cordes et de la peau, puis de la masser encore et encore tant c’est bon de sentir ses mains fermes, encore timides parfois mais qui l’apprivoisent après l’avoir si longtemps perdue mais jamais oubliée.
- Douce…
- J’aime…
- Laisse-toi aller sur moi, chuchote-t-il alors qu’elle penche la tête en arrière.
- J’adorerais, tu le sais…
- Mais ?
- Pas de mais…pas de non…que mon oui…tu le veux ce oui ?
- Chuuut…
- J’adore quand tu chuchotes…mon…mon prénom.
Il le lui a soufflé dans le creux du cou, y ajoutant le sien, comme s’ils ne devaient plus qu’en faire un. Prénom composé, chargé de conjurer tout ce qui pourrait les séparer.
- Viens, dit-il en l’attirant vers son ventre.
C’est lentement qu’elle bascule en arrière et il la reçoit tout contre lui, glisse un peu les doigts entre les liens qui la contiennent, la rendent si belle, tissée de noir et de blanc, de nacre et de troubles à venir où il pose les lèvres, la pointe de la langue. S’enivre d’être touché par ses mains entravées, croisées, qu’elle peut à peine bouger mais dont les doigts ne peuvent s’empêcher de remuer. Sur ses flancs, son ventre maintenant…
Mais ce n’est pas lui qui doit être caressé…
C’est elle.
Deux oreillers pour qu’elle soit bien calée.
Une bougie pétille, grésille et sa lueur est celle de ses yeux noirs lorsqu’il respire son odeur de brune-fleur offerte au soleil, encore cachée par le corset qu’il dénoue sous les liens, jouant à délivrer ce corps emprisonné, qui ne lui appartient pas mais qui se donne un peu…beaucoup…passionnément…
Les dernières attaches cèdent et il ouvre le tissu noir, libérant enfin l’accès à son cœur qu’il cherche à embrasser et son visage se cache tout contre elle.
C’est bien elle.
Il la reconnaît à ce battement lourd suivi d’un autre, plus léger.
Elle a gémi lorsqu’il a pris son cœur malgré elle, d’un pincement de lèvres, qu’il a continué, traquant les frissons de plaisir s’échappant de sa bouche entrouverte, cherchant les plages les plus douces, les courbes les plus brunes aussi, les plus rondes, auréolées de chair que sa langue innerve de coups d’aiguille. Elle a l’impression d’être allongée sous un grand pin qui lui rendrait toute la chaleur de l’été et sa bouche s’entrouvre, l’appelant de désirs plus audacieux encore. Il la sent parcourue de lignes de force et son corps forme un arc sous lui, se tend vers lui.
- Enfin, gémit-elle lorsqu’il effleure sa chair vive.
De la paume d’abord comme s’il la prenait, tandis que ses doigts font lentement glisser la fermeture de la jupe.
Il l’embrasse encore, elle s’étire dans le satin mais lorsque sa joue frôle sa frisure, lorsque ses lèvres frôlent ses lèvres, s’oublient en elle, elle a des mots charmants, des mots fous et l’étau de ses cuisses l’emprisonne si longuement qu’il s’oublie dans sa saveur d’agrume soleil-vert, salée sucrée, fruitée… et soudain, le temps n’est plus rien car elle s’oublie avec lui qui prend sa force, ses mains serrant ses cuisses, donnant prenant, si doux, si prévenant. Gourmand de ses saveurs, prodigue de caresses alenties qu’elle étire en elle jusqu’au fond de ses yeux fermés.
Les liens ne suffiront pas pour contenir son cri. Alors, il la gardera tout contre lui, blottie, dans ses bras frais enrubannée.
***
- Je veux bouger…
Les ciseaux tranchent le coton qui meurt près d’elle. A regret, semblent dire ses yeux. Encore un peu et elle sera tout à fait libre.
C’est fait.
( à suivre)

Diabblix

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Localisation: ° Au delà du 7° Cercle
Date d'inscription: 14/03/2009
Re: Ivres d'eux
Il embrasse la peau mate au dessus des chevilles, un peu striée de rouge, marquée de torsades délicates, de boucles entrecroisées. Réseau fin de signatures en boucles, frise vivante, frémissante sous ses doigts adorateurs…qu’il parcourt, sans trop appuyer.
- Tu m’as fait toutes ces marques, sourit elle. Embrasse-les encore.
C’est un délice : sa langue se fait style, lisant la musique calligraphiée des liens, des nœuds, et il est si doux, si appliqué en sa dévotion qu’il ne l’entend pas laisser échapper un souffle de plaisir lorsqu’il remonte, s’oublie autour des genoux, au milieu des cuisses, au dessus du nombril, la redessine tant elle est belle maintenant en son souvenir. Qu’il emporte avec lui puisqu’il la laisse alors dans un bain de pénombre.
- Où…
- Tu m’attends ?
Elle s’étonne juste un peu, referme les mains qui allaient le recueillir pour le préserver de nouveau.
Quand il revient dans la lumière d’ambre et d’acacia, c’est avec un plateau très léger qu’il porte comme le ferait le serveur d’un club très chic.
- Madame…dit-il en faisant la révérence.
Deux yeux qui rient, c’est un cadeau. Deux yeux qui flanchent, un cœur qui balance. Pour quelques bouchées de chocolat mais finement enveloppées d’un ruban rouge.
Ses yeux le croquent, ses yeux la griottent, leurs yeux se dévorent le temps d’un battement de cils qu’elle prolonge ce qu’il faut pour qu’il détourne le regard. Lorsqu’il relève la tête, il est capté, capturé par une longue œillade dont elle a le secret. C’est velouté, c’est tendre et chaud. Cela ne dit mot et c’est lui qui consent, accaparé, ravi, forcé si bien qu’il se laisse aller contre elle et leur silence emplit la pièce alors que sur le mur blanc, deux mains dessinent des arabesques mêlées de boucles et de liens de satin.
- Tu veux ?dit-il en s’écartant à peine d’elle.
Le prendre tout contre elle ?
Lui raconter la nuit telle qu’elle l’avait imaginée, rêvée ?
Leurs fronts se rapprochent, elle incline si joliment la tête qu’il se sent fondre encore tandis qu’elle l’enlace, qu’il l’étreint. Ses flancs, ses hanches s’avancent vers lui puisqu’il semble le vouloir, songe-t-elle.
Mais…
Un toucher plus doux ne reviendrait qu’à un ange, c’est duveteux de promesses et rêche en même temps ; elle n’ose le croire. Entre ses mains qu’elle aime si fermes quelquefois, il étire un cuir adouci, souvent porté. C’est tellement inattendu – comment a-t-il deviné qu’elle les voulait ainsi, ces heures à deux ?- qu’elle s’écarte de lui, s’agenouille en posant les mains sur ses épaules avec un sourire un peu coquin. « Tu y viens donc enfin ? » semble-t-elle dire.
Mais ce n’est pas ce qu’il entend alors qu’elle pose ses lèvres sur son ventre, se redresse et s’allonge, telle une odalisque, une sultane aux yeux de flamme. Qui élève les jambes. Et la ceinture glisse jusqu’à son ventre lisse qu’elle affermit encore, jusqu’à ce qu’il en ajuste lui-même les boucles, masquant les traces encore un peu rouges des liens qui l’ont offerte à son désir.
Dans la pénombre ajourée de peaux aimées, deux corps se sont doucement allongés. L’un sur l’autre couchés, comme deux pâtes prêtes à lever. Elle lui a pris les mains, serré les poignets, les a étirées si haut qu’il en a presque crié tant le désir qu’elle a de lui est beau, fort, soudain. Et lorsqu’il sent le cordon se refermer sur son pouls, il est délicieusement trop tard.
Jouer la surprise…
- Tu ne veux pas…hein ? souffle-t-elle à son oreille. Allez, juste un peu.
Elle sent sa main gauche tenter de se glisser entre eux deux mais c’est ce qu’elle attendait : le lacet est prêt ; il ne l’a pas senti. Largement ouvert sur son flanc, il se referme au passage de la main. Elle n’a plus qu’à serrer doucement, à le glisser jusqu’aux montants cuivrés. Boucles chuintantes. Fermées, serrées.
- Tu es pris, tu es à moi, rit-elle.
- Tu es sûre ?
- Oui. Tu cherches à m’embrasser ou à t’échapper ? Tu ne passeras pas.
Jouer encore…
Envelopper ses jambes ?Le drap se froisse sous ses mouvements d’anguille prise dans la nasse…
Elle en sourit : « Tu m’attires vers toi, ainsi, tu sais…je vais gagner…je gagne toujours… sans me lasser.»
Sans se douter de l’aide qu’il lui apporte, il la maintient contre son ventre et elle peut ainsi finir de l’attacher, tend les bras pour donner un peu de mou à la corde mais pas trop. La contrainte doit être douce à sa peau, qu’il a très fine. Presque translucide parfois, livrant à sa langue curieuse un fin réseau de veines qu’elle parcourt de lapes de chatte.
- Je t’ai, chuchote-t-elle.
- Je sais. Je sens ton…ton impatience…tout contre moi. Tu…
Elle l’a bâillonné de la main, ne veut plus, ne peut plus attendre, grisée par sa chair qu’elle veut à elle, ses poignets si fins qu’elle voit tirer… tirer sur les cordes tant il la sent se placer entre ses jambes qu’elle force un peu maintenant, de ses genoux serrés.
- Tu aimes…tu aimes…
- Atten…
- Si ! Chuuut ! Si ! Chuuut…
C’est un ressort vivant que cet homme…jamais il n’a remué ainsi sous elle. Lui attacher les jambes aussi ?Et sur le ventre, un large ruban de satin bleu qu’elle passerait sous le lit…mais elle n’en a pas sous la main. Fragrances fantasmées…des bouffées d’images lui font tourner la tête. Non…plus tard peut-être…le convaincre à son tour. Le persuader comme il l’a fait pour elle. D’abandonner, de la laisser faire. L’envie est trop forte maintenant. Il le faut.
Elle se penche, murmure mais la tension de sa voix est si perceptible qu’elle préfère chuchoter tant c’est plus doux :
- Tu aimes…dis-le…dis-le…s’il te plaît. Je te veux, moi…dis-le…
Son souffle brûlant heurte le sien, qui lui échappe…elle le happe de toutes ses forces, de toute son âme, s’en grise tant il est léger, porté par toute une impatience.
Il frétille encore sous son ventre mais elle insiste de tout son poids et soudain…il ouvre enfin les jambes.
- Là, chuchote-t-elle, là…comme ça, oui…comme ça…
Ses mots suaves s’insinuent en son esprit vaincu, confiant depuis si longtemps déjà.
Il a ouvert les yeux où depuis longtemps elle lit ses envies, son désir d’elle. Qu’il taira tant qu’elle ne l’aura pas soumis. Car c’est un jeu si fort, si tendre aussi, entre elle et lui.
- Je t’ai, chuchote-t-elle en le serrant dans son poing. Tu es fort…tu me veux…murmure le moi.
- Regarde-moi, embrasse-moi.
Il se tend vers elle qui se penche, se penche encore, lui donne sa bouche et le mot qu’elle attend meurt sur ses lèvres.
C’est fou. C’est trop fort. C’est à elle, enfin !
Il la sent relever le ventre, quelque chose de suave, de très doux coule sur sa peau qui n’en peut plus d’attendre.
Au-dessus de lui, pupilles fendues, elle l’attendrit de caresses qu’il n’a goûtées qu’en rêve. Il se repaît de ses traits que la passion durcit soudain mais que l’envie transfigure et doucement songe-t-il, mon impatience devient sienne. Je te sens là, si près, prête lorsque tu me jugeras prêt, presque abandonné.
Quand tu voudras…
Elle se relève, le considère ce qu’il faut pour jouir un peu de cette image de lui qu’il lui offre en secret et lentement elle s’abouche. Il a frémi, tiré sur les liens. Elle ne veut pas fermer les yeux tant les sensations sont intenses. Puis se décide…cela fait si longtemps…le prend…et se glisse…ses mains se crispent sur les liens…pousse…il relève les reins…passer les mains dessous…estocade douce, mâchoires crispées…encore… toute en lui. S’arrête pour le recouvrir de tout son corps. Qui la reçoit en expirant doucement.
Fusion…
C’est un supplice tant il voudrait la serrer contre lui.
- Je ne peux pas. Te prendre dans mes bras. Tu es si…loin.
- Chuuuut, ne pense à rien. Contre moi. Oui, c’est bien. Je bouge mes reins. Lentement.
- Reste là…
Ses mains frôlent son torse, son cœur est à elle. Désir, amour, patience de toujours. Ses doigts courent jusqu’aux liens, elle est si tentée de tout ôter, de le délivrer. Mais il cherche ses yeux, des siens éperdus, fait non de la tête, dit oui avec le cœur et un long gémissement lui échappe alors qu’elle se dégage un peu, arquée sur les bras. Elle est, elle sera la dispensatrice, celle qui offre une fois encore la plénitude, la force, l’égarement, le vertige des sens. Elle adore. Et ses gémissements lui embaument l’âme.
Se retirer encore tout à fait, pour le pénétrer – sensation de puissance inouïe qu’elle voudrait plus longue en durée, qu’elle ralentit exprès, en retenant son souffle pour mieux entendre le sien - peser après, de tout son poids, de toutes ses forces, sur lui. Qu’il vive un peu plus d’elle. Sentir sa peau, ses fesses contre ses cuisses mais plus que tout, le regarder lancer la tête en arrière, chercher l’air et tirer, tirer sur ses liens. Sans jamais, jamais, pouvoir lui échapper, appartenir à une autre.
Le partager ?Jamais. Et ses muscles se tendent…il en gémit encore…
Elle adore.
Comment pourraient-elles savoir ce qu’il désire, alors qu’elle a presque tout deviné de lui sans qu’il lui en dise rien ? Et il gémit toujours, de contentement, de plaisir, de désir lorsqu’elle s’éloigne puis s’abat sur lui en roulant des reins, relevant les épaules, puis le menton, se revêtant jusqu’au membre qu’elle plonge en lui, de pénombre et de lumière.
- Douce…plus douce, douce…ralentis…s’il te plaît.
Wow…elle ne se savait pas si…convaincante.
- Reste avec moi, chuchote –t-elle. Reste…reste…
Ses mots s’étranglent dans sa gorge tant elle le sent prêt à défaillir…mais sans elle…
- Je suis… si bien, s’apaise-t-il, entre tes mains.
Ses lèvres lui chuchotent alors un long silence, si frais qu’il ouvre les yeux. Il n’est qu’à deux secondes-lumière d’elle, de son étoile radieuse qui le fait tourner autour de son cœur. Il ne partira qu’avec elle maintenant…
Ses yeux se ferment…
Se relever, s’appuyer sur les coudes, comme il le fera sans doute tout à l’heure au-dessus d’elle et le prendre à le creuser davantage, comme un beau sillon qu’elle sèmera de fleurs à aimer. Tout se bouscule en elle, tourne comme ces plafonds colorés sous lesquels on valse et qui se télescopent, kaléidoscopes sensuels…
Ses hanches, ses reins, son dos, tout d’elle devient une merveilleuse machine à aimer, à dérober aussi. Elle s’ étonne alors de ressentir autant de sensations en même temps. Et il gémit toujours…de plus en plus fort. Jamais elle n’a pu l’aimer ainsi…
C’est si fort, si intense qu’elle veut garder toute sa tête, pour tout contrôler, bien qu’il l’invite parfois des yeux à le rejoindre là où la raison ne peut accéder, faute de limites.
Pas encore…pas encore…pas si vite…
Elle veut savourer ce pouvoir sans bornes ; accentue son rythme et soudain s’émerveille de voir sa chair d’homme se raidir, grâce à elle, pour elle. Qu’elle effleure, apprivoise, empaume encore, enveloppe. C’est brûlant de vie. Et son souffle qui graduellement, devient rauque.
Il s’abandonne enfin, ne vient plus vers elle mais l’attend, fermant les yeux chaque fois qu’elle l’atteint. Ses bras se détendent doucement et ses flancs palpitent.
Que ressent-il exactement ?
Parfois, pendant un court instant, il semble se détendre comme lorsqu’il dort tout contre elle, alors qu’elle le veille, tôt le matin, soufflant dans ses cheveux, frôlant ses joues, sa bouche, mourant d’envie de le réveiller tant il semble loin de celui qu’il prétend être.
Puis ses muscles se contractent, elle ignore encore pourquoi. Leur dessin s’accentue sous la peau ; elle voit tout de lui, de ses forces qui s’allient, se réveillent peut-être. Et sa tête ballotte…
Elle le possède enfin, de tous ses reins et de longs flux violents presque électriques traversent son ventre qu’elle avance vers lui, par saccades, oubliant pendant un instant qu’il est là, sous elle, pantelant et lorsque ce sentiment l’envahit, elle sent de nouveau cet afflux de vigueur, de griserie.
- C’est…c’est trop, chuchote-t-elle. Je te tiens…tu me sens.
Il n’est plus rien qu’elle.
C’est elle qui prend, c’est lui qui l’appelle. Elle ne veut pas le perdre. Pas ainsi…
- Attends-moi…
Elle s’est retirée de lui qui est en manque d’elle. Déjà.
La ceinture n’est plus entre eux ; elle étire les bras, se sent si vivante de force nouvelle, la sienne qu’elle va lui rendre. Si bellement…
Se referme sur lui comme un ciel de nuit sur un soleil épuisé, pressé d’être délivré, apaisé enfin.
Et doucement, elle se pénètre de lui, de toute sa force qui se mêle à celle qu’elle lui a prise. Leurs âmes se tutoient maintenant. Ils ne sont plus que rythme, pulsion, hantise de planer sans fin, sur le souffle de l’autre qui s’exhale et monte, monte en puissance. La courbe de leur cœur forme un bel arc-en-ciel et ils ne sont plus que musique à deux temps, puissant crescendo qui s’exaspère. Jusqu’à ce qu’elle s’effondre sur lui qui tremble. Tremble encore. Et l’appelle en ses liens. Et gémit tant elle l’embrasse, l’enlace à l’infini.
FIN

- Tu m’as fait toutes ces marques, sourit elle. Embrasse-les encore.
C’est un délice : sa langue se fait style, lisant la musique calligraphiée des liens, des nœuds, et il est si doux, si appliqué en sa dévotion qu’il ne l’entend pas laisser échapper un souffle de plaisir lorsqu’il remonte, s’oublie autour des genoux, au milieu des cuisses, au dessus du nombril, la redessine tant elle est belle maintenant en son souvenir. Qu’il emporte avec lui puisqu’il la laisse alors dans un bain de pénombre.
- Où…
- Tu m’attends ?
Elle s’étonne juste un peu, referme les mains qui allaient le recueillir pour le préserver de nouveau.
Quand il revient dans la lumière d’ambre et d’acacia, c’est avec un plateau très léger qu’il porte comme le ferait le serveur d’un club très chic.
- Madame…dit-il en faisant la révérence.
Deux yeux qui rient, c’est un cadeau. Deux yeux qui flanchent, un cœur qui balance. Pour quelques bouchées de chocolat mais finement enveloppées d’un ruban rouge.
Ses yeux le croquent, ses yeux la griottent, leurs yeux se dévorent le temps d’un battement de cils qu’elle prolonge ce qu’il faut pour qu’il détourne le regard. Lorsqu’il relève la tête, il est capté, capturé par une longue œillade dont elle a le secret. C’est velouté, c’est tendre et chaud. Cela ne dit mot et c’est lui qui consent, accaparé, ravi, forcé si bien qu’il se laisse aller contre elle et leur silence emplit la pièce alors que sur le mur blanc, deux mains dessinent des arabesques mêlées de boucles et de liens de satin.
- Tu veux ?dit-il en s’écartant à peine d’elle.
Le prendre tout contre elle ?
Lui raconter la nuit telle qu’elle l’avait imaginée, rêvée ?
Leurs fronts se rapprochent, elle incline si joliment la tête qu’il se sent fondre encore tandis qu’elle l’enlace, qu’il l’étreint. Ses flancs, ses hanches s’avancent vers lui puisqu’il semble le vouloir, songe-t-elle.
Mais…
Un toucher plus doux ne reviendrait qu’à un ange, c’est duveteux de promesses et rêche en même temps ; elle n’ose le croire. Entre ses mains qu’elle aime si fermes quelquefois, il étire un cuir adouci, souvent porté. C’est tellement inattendu – comment a-t-il deviné qu’elle les voulait ainsi, ces heures à deux ?- qu’elle s’écarte de lui, s’agenouille en posant les mains sur ses épaules avec un sourire un peu coquin. « Tu y viens donc enfin ? » semble-t-elle dire.
Mais ce n’est pas ce qu’il entend alors qu’elle pose ses lèvres sur son ventre, se redresse et s’allonge, telle une odalisque, une sultane aux yeux de flamme. Qui élève les jambes. Et la ceinture glisse jusqu’à son ventre lisse qu’elle affermit encore, jusqu’à ce qu’il en ajuste lui-même les boucles, masquant les traces encore un peu rouges des liens qui l’ont offerte à son désir.
Dans la pénombre ajourée de peaux aimées, deux corps se sont doucement allongés. L’un sur l’autre couchés, comme deux pâtes prêtes à lever. Elle lui a pris les mains, serré les poignets, les a étirées si haut qu’il en a presque crié tant le désir qu’elle a de lui est beau, fort, soudain. Et lorsqu’il sent le cordon se refermer sur son pouls, il est délicieusement trop tard.
Jouer la surprise…
- Tu ne veux pas…hein ? souffle-t-elle à son oreille. Allez, juste un peu.
Elle sent sa main gauche tenter de se glisser entre eux deux mais c’est ce qu’elle attendait : le lacet est prêt ; il ne l’a pas senti. Largement ouvert sur son flanc, il se referme au passage de la main. Elle n’a plus qu’à serrer doucement, à le glisser jusqu’aux montants cuivrés. Boucles chuintantes. Fermées, serrées.
- Tu es pris, tu es à moi, rit-elle.
- Tu es sûre ?
- Oui. Tu cherches à m’embrasser ou à t’échapper ? Tu ne passeras pas.
Jouer encore…
Envelopper ses jambes ?Le drap se froisse sous ses mouvements d’anguille prise dans la nasse…
Elle en sourit : « Tu m’attires vers toi, ainsi, tu sais…je vais gagner…je gagne toujours… sans me lasser.»
Sans se douter de l’aide qu’il lui apporte, il la maintient contre son ventre et elle peut ainsi finir de l’attacher, tend les bras pour donner un peu de mou à la corde mais pas trop. La contrainte doit être douce à sa peau, qu’il a très fine. Presque translucide parfois, livrant à sa langue curieuse un fin réseau de veines qu’elle parcourt de lapes de chatte.
- Je t’ai, chuchote-t-elle.
- Je sais. Je sens ton…ton impatience…tout contre moi. Tu…
Elle l’a bâillonné de la main, ne veut plus, ne peut plus attendre, grisée par sa chair qu’elle veut à elle, ses poignets si fins qu’elle voit tirer… tirer sur les cordes tant il la sent se placer entre ses jambes qu’elle force un peu maintenant, de ses genoux serrés.
- Tu aimes…tu aimes…
- Atten…
- Si ! Chuuut ! Si ! Chuuut…
C’est un ressort vivant que cet homme…jamais il n’a remué ainsi sous elle. Lui attacher les jambes aussi ?Et sur le ventre, un large ruban de satin bleu qu’elle passerait sous le lit…mais elle n’en a pas sous la main. Fragrances fantasmées…des bouffées d’images lui font tourner la tête. Non…plus tard peut-être…le convaincre à son tour. Le persuader comme il l’a fait pour elle. D’abandonner, de la laisser faire. L’envie est trop forte maintenant. Il le faut.
Elle se penche, murmure mais la tension de sa voix est si perceptible qu’elle préfère chuchoter tant c’est plus doux :
- Tu aimes…dis-le…dis-le…s’il te plaît. Je te veux, moi…dis-le…
Son souffle brûlant heurte le sien, qui lui échappe…elle le happe de toutes ses forces, de toute son âme, s’en grise tant il est léger, porté par toute une impatience.
Il frétille encore sous son ventre mais elle insiste de tout son poids et soudain…il ouvre enfin les jambes.
- Là, chuchote-t-elle, là…comme ça, oui…comme ça…
Ses mots suaves s’insinuent en son esprit vaincu, confiant depuis si longtemps déjà.
Il a ouvert les yeux où depuis longtemps elle lit ses envies, son désir d’elle. Qu’il taira tant qu’elle ne l’aura pas soumis. Car c’est un jeu si fort, si tendre aussi, entre elle et lui.
- Je t’ai, chuchote-t-elle en le serrant dans son poing. Tu es fort…tu me veux…murmure le moi.
- Regarde-moi, embrasse-moi.
Il se tend vers elle qui se penche, se penche encore, lui donne sa bouche et le mot qu’elle attend meurt sur ses lèvres.
C’est fou. C’est trop fort. C’est à elle, enfin !
Il la sent relever le ventre, quelque chose de suave, de très doux coule sur sa peau qui n’en peut plus d’attendre.
Au-dessus de lui, pupilles fendues, elle l’attendrit de caresses qu’il n’a goûtées qu’en rêve. Il se repaît de ses traits que la passion durcit soudain mais que l’envie transfigure et doucement songe-t-il, mon impatience devient sienne. Je te sens là, si près, prête lorsque tu me jugeras prêt, presque abandonné.
Quand tu voudras…
Elle se relève, le considère ce qu’il faut pour jouir un peu de cette image de lui qu’il lui offre en secret et lentement elle s’abouche. Il a frémi, tiré sur les liens. Elle ne veut pas fermer les yeux tant les sensations sont intenses. Puis se décide…cela fait si longtemps…le prend…et se glisse…ses mains se crispent sur les liens…pousse…il relève les reins…passer les mains dessous…estocade douce, mâchoires crispées…encore… toute en lui. S’arrête pour le recouvrir de tout son corps. Qui la reçoit en expirant doucement.
Fusion…
C’est un supplice tant il voudrait la serrer contre lui.
- Je ne peux pas. Te prendre dans mes bras. Tu es si…loin.
- Chuuuut, ne pense à rien. Contre moi. Oui, c’est bien. Je bouge mes reins. Lentement.
- Reste là…
Ses mains frôlent son torse, son cœur est à elle. Désir, amour, patience de toujours. Ses doigts courent jusqu’aux liens, elle est si tentée de tout ôter, de le délivrer. Mais il cherche ses yeux, des siens éperdus, fait non de la tête, dit oui avec le cœur et un long gémissement lui échappe alors qu’elle se dégage un peu, arquée sur les bras. Elle est, elle sera la dispensatrice, celle qui offre une fois encore la plénitude, la force, l’égarement, le vertige des sens. Elle adore. Et ses gémissements lui embaument l’âme.
Se retirer encore tout à fait, pour le pénétrer – sensation de puissance inouïe qu’elle voudrait plus longue en durée, qu’elle ralentit exprès, en retenant son souffle pour mieux entendre le sien - peser après, de tout son poids, de toutes ses forces, sur lui. Qu’il vive un peu plus d’elle. Sentir sa peau, ses fesses contre ses cuisses mais plus que tout, le regarder lancer la tête en arrière, chercher l’air et tirer, tirer sur ses liens. Sans jamais, jamais, pouvoir lui échapper, appartenir à une autre.
Le partager ?Jamais. Et ses muscles se tendent…il en gémit encore…
Elle adore.
Comment pourraient-elles savoir ce qu’il désire, alors qu’elle a presque tout deviné de lui sans qu’il lui en dise rien ? Et il gémit toujours, de contentement, de plaisir, de désir lorsqu’elle s’éloigne puis s’abat sur lui en roulant des reins, relevant les épaules, puis le menton, se revêtant jusqu’au membre qu’elle plonge en lui, de pénombre et de lumière.
- Douce…plus douce, douce…ralentis…s’il te plaît.
Wow…elle ne se savait pas si…convaincante.
- Reste avec moi, chuchote –t-elle. Reste…reste…
Ses mots s’étranglent dans sa gorge tant elle le sent prêt à défaillir…mais sans elle…
- Je suis… si bien, s’apaise-t-il, entre tes mains.
Ses lèvres lui chuchotent alors un long silence, si frais qu’il ouvre les yeux. Il n’est qu’à deux secondes-lumière d’elle, de son étoile radieuse qui le fait tourner autour de son cœur. Il ne partira qu’avec elle maintenant…
Ses yeux se ferment…
Se relever, s’appuyer sur les coudes, comme il le fera sans doute tout à l’heure au-dessus d’elle et le prendre à le creuser davantage, comme un beau sillon qu’elle sèmera de fleurs à aimer. Tout se bouscule en elle, tourne comme ces plafonds colorés sous lesquels on valse et qui se télescopent, kaléidoscopes sensuels…
Ses hanches, ses reins, son dos, tout d’elle devient une merveilleuse machine à aimer, à dérober aussi. Elle s’ étonne alors de ressentir autant de sensations en même temps. Et il gémit toujours…de plus en plus fort. Jamais elle n’a pu l’aimer ainsi…
C’est si fort, si intense qu’elle veut garder toute sa tête, pour tout contrôler, bien qu’il l’invite parfois des yeux à le rejoindre là où la raison ne peut accéder, faute de limites.
Pas encore…pas encore…pas si vite…
Elle veut savourer ce pouvoir sans bornes ; accentue son rythme et soudain s’émerveille de voir sa chair d’homme se raidir, grâce à elle, pour elle. Qu’elle effleure, apprivoise, empaume encore, enveloppe. C’est brûlant de vie. Et son souffle qui graduellement, devient rauque.
Il s’abandonne enfin, ne vient plus vers elle mais l’attend, fermant les yeux chaque fois qu’elle l’atteint. Ses bras se détendent doucement et ses flancs palpitent.
Que ressent-il exactement ?
Parfois, pendant un court instant, il semble se détendre comme lorsqu’il dort tout contre elle, alors qu’elle le veille, tôt le matin, soufflant dans ses cheveux, frôlant ses joues, sa bouche, mourant d’envie de le réveiller tant il semble loin de celui qu’il prétend être.
Puis ses muscles se contractent, elle ignore encore pourquoi. Leur dessin s’accentue sous la peau ; elle voit tout de lui, de ses forces qui s’allient, se réveillent peut-être. Et sa tête ballotte…
Elle le possède enfin, de tous ses reins et de longs flux violents presque électriques traversent son ventre qu’elle avance vers lui, par saccades, oubliant pendant un instant qu’il est là, sous elle, pantelant et lorsque ce sentiment l’envahit, elle sent de nouveau cet afflux de vigueur, de griserie.
- C’est…c’est trop, chuchote-t-elle. Je te tiens…tu me sens.
Il n’est plus rien qu’elle.
C’est elle qui prend, c’est lui qui l’appelle. Elle ne veut pas le perdre. Pas ainsi…
- Attends-moi…
Elle s’est retirée de lui qui est en manque d’elle. Déjà.
La ceinture n’est plus entre eux ; elle étire les bras, se sent si vivante de force nouvelle, la sienne qu’elle va lui rendre. Si bellement…
Se referme sur lui comme un ciel de nuit sur un soleil épuisé, pressé d’être délivré, apaisé enfin.
Et doucement, elle se pénètre de lui, de toute sa force qui se mêle à celle qu’elle lui a prise. Leurs âmes se tutoient maintenant. Ils ne sont plus que rythme, pulsion, hantise de planer sans fin, sur le souffle de l’autre qui s’exhale et monte, monte en puissance. La courbe de leur cœur forme un bel arc-en-ciel et ils ne sont plus que musique à deux temps, puissant crescendo qui s’exaspère. Jusqu’à ce qu’elle s’effondre sur lui qui tremble. Tremble encore. Et l’appelle en ses liens. Et gémit tant elle l’embrasse, l’enlace à l’infini.
FIN


Diabblix

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Re: Ivres d'eux
Wow...c'est moi qui ai écrit cela ?



Diabblix

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Localisation: ° Au delà du 7° Cercle
Date d'inscription: 14/03/2009
Re: Ivres d'eux
je te lis demain... Un si joli présent pour un soir affreux de migraine ophtalmique... pas de chance moi
jolis rêves cher démon...
jolis rêves cher démon...
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"Il n'est pas de plaisir plus doux que de surprendre un homme en lui donnant plus qu'il n'espère."

Satine

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Date d'inscription: 14/03/2009
Re: Ivres d'eux
quel talent !!!!! :roi:merci dibolo j'ai adoré malgré les caprices de mon ordi qui est au bout du rouleau et que je vais pas tarder a changer 

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La Débauche et la Mort sont deux aimables filles,Prodigues de baisers et riches de santé,
Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles, Sous l'éternel labeur n'a jamais enfanté
Re: Ivres d'eux
Diabblix....
J'ai du mal avec ce pseudo moi ^^
Merveilleuse histoire, je dirais l'une des meilleures peut-être car chaque fois, je pense que c'est la plus belle, celle qui me touche le plus, m'enchante et me trouble.. et chaque nouvelle ligne que tu écris pour une nouvelle histoire devient à son tour une révélation.
N'arrête jamais...
Sil te plaît...
J'ai du mal avec ce pseudo moi ^^
Merveilleuse histoire, je dirais l'une des meilleures peut-être car chaque fois, je pense que c'est la plus belle, celle qui me touche le plus, m'enchante et me trouble.. et chaque nouvelle ligne que tu écris pour une nouvelle histoire devient à son tour une révélation.
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Satine

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